Avant et après Vichy, sans sollicitation particulière des nazis, les Roms sont assignés à résidence puis internés dans des conditions épouvantables

« L’internement de ma famille dans ce camp, la mort de mon frère Maurice de malnutrition à l’âge de trois ans, la déchéance de la famille car dans l’impossibilité de remonter la pente à sa sortie, sont à l’origine de mon placement à la DDASS et en orphelinat pendant sept ans et demi ; sans oublier qu’il m’a fallu attendre d’avoir soixante ans pour connaître cette triste histoire, directement liée à celle du barbelé. J’ai du mal à imaginer la douleur et les souffrances qu’ils ont pu endurer, sachant que rien ne peut psychiquement affecter un Tsigane, sauf celui de porter atteinte à sa liberté ou de toucher à sa famille. Le nomadisme par définition n’est-il pas synonyme de liberté. De nomades, ils étaient devenus des gueux… Ma famille a fait partie de ceux-là. Mon ignorance à ce sujet m’a, tout au long de ma vie, coûté plus cher que de le savoir, parce que si j’avais su cette histoire, forcément ma vie eût été différente.J’aurai au moins su qui j’étais ».
Lettre de Julien Chevalier Schultz à l’historien Jacques Sigot.

France : derrière les barbelés jusqu’en 1946

Dés octobre 1939, les Roms sont assignés à résidence par les autorités républicaines qui soupçonnent en eux une possible « cinquième colonne ».

Le 6 avril 1940, Albert Lebrun, dernier président avant le régime de Vichy, signe un décret interdisant la circulation des nomades, soit tous les « individus sans domicile fixe, nomades et forains, ayant le type romani ».

« Leurs incessants déplacements, au cours desquels les nomades peuvent recueillir de nombreux et importants renseignements, peuvent constituer pour la Défense nationale un danger très sérieux, il est donc nécessaire de les soumettre à une étroite surveillance de la police et de la gendarmerie. (…) Ce ne serait pas le moindre bénéfice du décret qui vient de paraître, s’il permettait de stabiliser des bandes d’errants qui constituent du point de vue social un danger certain et de donner à quelques-uns d’entre eux, sinon le goût, du moins les habitudes du travail régulier. » dixit le ministère de l’Intérieur.


Stèle commémorative du Camp de Méron à Montreuil-Bellay dans le Maine et Loire

A partir d’octobre 1940, des familles entières sont enfermées dans trente camps d’internement français. De 4 à 5000 hommes, femmes et enfants dans la zone occupée et quelque 1000 autres dans la zone dite libre. Le nombre de Roms étrangers ayant subi ces politiques reste indéterminé.
Les Roms internés dans le camp de Montreuil-Bellay - l’un des plus grands camps français - seront déplacés dans d’autres camps le 16 janvier 1945, cinq mois et demi après la libération de la région. Ils y resteront enfermés jusqu'en mai 1946, soit près de deux ans après l’armistice !
Les Roms internés ne retrouveront pas leurs biens spoliés et ne recevront aucun dommage pour les préjudices subis.

La France est cependant le seul pays occupé d'Europe de l'Ouest où "l'Auschwitz Erlass" du 16 décembre 1942 ordonnant la déportation des Tsiganes à Auschwitz ne sera pas appliqué.